Par l’Association ARCHÉA
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Il est des vérités industrielles et économiques que l’on ne peut plus cacher sous le tapis. Aujourd’hui, la filière cane-sucre à La Réunion fait face à une convergence de crises d’une ampleur inédite. À l’association ARCHÉA, notre rôle est de regarder la réalité en face et de tirer la sonnette d’alarme : l’usine du Gol est menacée d’un effondrement non anticipé, et il est urgent d’organiser dès maintenant la concentration de la transformation sucrière sur le seul site de Bois-Rouge.
Continuer de faire la politique de l’autruche conduira à une catastrophe économique, sociale et environnementale pour toute l’île. Voici pourquoi le modèle actuel touche à sa fin et comment nous devons anticiper cette mutation industrielle.
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1. L’usine du Gol dans le piège de la sous-charge chronique
L’équation industrielle est impitoyable. Une usine sucrière possède une structure de coûts fixes extrêmement lourde : amortissement des machines de broyage, cuves de cristallisation, entretien annuel et installations de cogénération. Pour être rentable, une telle infrastructure doit tourner au plus près de sa capacité nominale.
Or l’usine du Gol ne fonctionne plus aujourd’hui qu’à 60 % de sa capacité, et cette chute des volumes va inévitablement s’amplifier.
En économie industrielle, ne pas atteindre le seuil de capacité cible entraîne une explosion mécanique du coût de revient unitaire pour chaque tonne de sucre et de bagasse produite. L’usine absorbe des charges fixes colossales réparties sur des volumes de cannes de plus en plus maigres. L’outil est déjà en sous-régime, perd en efficacité énergétique et s’enfonce dans un déficit structurel que les aides publiques ne pourront bientôt plus éponger.

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2. Le « Tout-Canne » : la rigidité contractuelle qui étouffe les planteurs
Pourquoi les volumes de canne s’effondrent-ils ? La cause première réside dans le piège juridique de la convention canne actuelle : la règle du « tout ou rien ». Sous convention, un agriculteur est contraint de cultiver l’intégralité de son exploitation en canne à sucre, sans possibilité d’adapter ses surfaces ou de diversifier progressivement ses activités.
Face à la dégradation des conditions économiques, le planteur n’a aucune soupape de sécurité. Il ne peut pas réduire la voilure pour amortir le choc : il doit soit maintenir une activité à perte, soit jeter l’éponge et tout arrêter d’un coup. Résultat ? On assiste à une déprise agricole subie et brutale, où les terres sont abandonnées et transformées en friches, coupant brutalement l’approvisionnement du Gol.
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3. L’effet de ciseau économique : explosion des intrants et du gasoil
Cette rigidité contractuelle percute de plein fouet une situation financière intenable pour les agriculteurs :
- La flambée des engrais et des produits phytosanitaires : Dépendants des cours mondiaux et de l’énergie, les prix des intrants ont atteint des sommets, asphyxiant les trésoreries des exploitations.
- Le coût du gasoil et de la logistique : La canne est une biomasse lourde à faible valeur unitaire. Sa récolte mécanisée et son transport de la parcelle jusqu’à l’usine nécessitent d’immenses volumes de carburant. Avec la hausse constante du prix à la pompe, acheminer la canne devient hors de prix, particulièrement lorsque les distances s’allongent entre les parcelles restantes.
Pris en étau entre des coûts d’exploitation qui explosent et des prix de vente encadrés, de nombreux planteurs s’apprêtent à mettre la clé sous la porte.
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4. Tension hydrique et cap des 1 million d’habitants d’ici 2037
La crise agricole et industrielle s’inscrit également dans une trajectoire climatique et démographique critique :
- Un choc démographique et des arbitrages sur l’eau : La population réunionnaise va dépasser le million d’habitants vers 2037. La demande en eau potable va exploser, imposant des choix d’usage poignants. En période de sécheresse, la priorité sera accordée aux foyers, au détriment de l’irrigation agricole.
- Des besoins en eau d’irrigation en forte hausse : Les études du CIRAD (notamment via le modèle MOSICAS) démontrent que le changement climatique (hausse des températures et de l’évapotranspiration) va faire grimper les besoins en eau de la canne à sucre de +14 % à l’horizon de 30 ans (et jusqu’à +25 % à 80 ans). Moins de pluies dans le Sud et l’Ouest, plus de besoins en eau et moins de ressource disponible : l’équation est insoluble pour maintenir les rendements canniers actuels.

5. Le couperet financier de la LPF 2027
Comme si cela ne suffisait pas, le soutien public s’apprête à se réduire. La Loi de Programmation des Finances Publiques (LPF) 2027 annonce d’ores et déjà des baisses de subventions significatives pour la future convention 2028.
Sans ce soutien financier historique pour équilibrer les comptes des planteurs et soutenir l’industriel, le modèle économique global de la filière s’effondre.
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L’appel d’ARCHÉA : Concentrer la transformation sur Bois-Rouge pour sauver la filière
Face à cette chaîne de contraintes, attendre l’accident industriel au Gol serait une irresponsabilité coupable. Si l’usine ferme au milieu d’une crise non préparée, c’est l’ensemble du tissu agricole du Sud et de l’Ouest qui s’effondrera dans le chaos.
ARCHÉA préconise une stratégie d’anticipation courageuse :
1. Planifier la fermeture progressive de l’usine du Gol : Accepter l’évidence industrielle pour éviter un arrêt brutal et subi.
2. Concentrer la transformation sucrière sur le site de Bois-Rouge : En rapatriant les volumes de canne sur une seule infrastructure moderne dans l’Est (zone où les précipitations restent plus favorables), on garantit à l’usine de Bois-Rouge un taux de charge optimal, assurant enfin sa rentabilité et sa pérennité.
3. Réformer la convention agricole : Mettre fin à la règle dogmatique du « tout-canne » pour permettre aux agriculteurs du Sud et de l’Ouest de réussir leur transition vers la souveraineté alimentaire (maraîchage, élevage, cultures d’avenir) tout en maintenant une production cannière ciblée là où elle reste pertinente.
4. Accompagner socialement et financièrement la transition : Reconvertir les salariés du site du Gol vers les métiers de la transition énergétique, de la valorisation de la biomasse et de l’agroécologie.
Il est encore temps de choisir entre une rupture subie et catastrophique ou une mutation industrielle et agricole réussie. ARCHÉA appelle l’État, la Région et les acteurs de la filière à engager dès aujourd’hui les états généraux de la reconversion du Gol.
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L’équipe d’ARCHÉA


